Auteur/autrice : Changeons (Page 14 of 14)

Jacques Prévert

La complainte de Vincent (Paroles, Gallimard 1945)

À Arles où roule le Rhône
Dans l’atroce lumière de midi
Un homme de phosphore et de sang
Pousse une obsédante plainte
Comme une femme qui fait son enfant
Et le linge devient rouge
Et l’homme s’enfuit en hurlant
Poursuivi par le soleil
Un soleil d’un jaune strident
Au bordel tout près du Rhône
L’homme arrive comme un roi mage
Avec son absurde présent
Il a le regard bleu et doux
Le vrai regard lucide et fou
De ceux qui donnent tout à la vie
De ceux qui ne sont pas jaloux
Et montre à la pauvre enfant
Son oreille couchée dans le linge
Et elle pleure sans rien comprendre
Songeant à de tristes présages
Et regarde sans oser le prendre
L’affreux et tendre coquillage
Où les plaintes de l’amour mort
Et les voix inhumaines de l’art
Se mêlent aux murmures de la mer
Et vont mourir sur le carrelage
Dans la chambre où l’édredon rouge
D’un rouge soudain éclatant
Mélange ce rouge si rouge
Au sang bien plus rouge encore
De Vincent à demi mort
Et sage comme l’image même
De la misère et de l’amour
L’enfant nue toute seule sans âge
Regarde le pauvre Vincent
Foudroyé par son propre orage
Qui s’écroule sur le carreau
Couché dans son plus beau tableau
Et l’orage s’en va, calmé, indifférent
En roulant devant lui ses grands tonneaux de sang
L’éblouissant orage du génie de Vincent
Et Vincent reste là dormant rêvant râlant
Et le soleil au-dessus du bordel
Comme une orange folle dans un désert sans nom
Le soleil sur Arles
En hurlant tourne en rond.

Le bordel (détail), Van Gogh, 1888

Joseph d’Arbaud

La bèstio dou Vacarés/La bête du Vaccarès (Grasset, 1926)

Voici que la “bête” s’adresse à l’homme gardian qui la traque:
– Je ne suis pas un démon et tu me redoutes, ô homme, et tu fais sur mon front et sur mes cornes le signe de l’exorcisme chrétien. Alors pourquoi me poursuis-tu, pourquoi me donnes-tu la chasse, monté sur ton cheval et armé de ta triple pique ? Dis, pourquoi me poursuis-tu ? Que t’ai-je fait ? Cette terre est la dernière où j’ai trouvé un peu de paix et cette solitude sacrée à travers laquelle, jadis, je me plaisais à exercer ma jeune force, quand je régnais, maître du silence et de l’heure, maître du chant innombrable qui, aux étoiles, des insectes de la plaine, monte, s’échange et se diffuse dans les gouffres de l’immensité. Ici, à travers ces vases salées, coupées d’étangs et de plages sablonneuses, en écoutant les beuglements des taureaux et le cri de tes étalons sauvages, en regardant, tapi, le jour, à l’horizon, trembler les voiles du mirage sur la terre chaude, en regardant, la nuit, danser sur les eaux de la mer la lune étincelante et nue, j’ai connu quelque temps ce qui, pour moi, peut ressembler au bonheur. Oui, au bonheur. Pourquoi me regardes-tu de tes yeux arrondis, avec cette bouche ouverte, et plus pâle que si, de ma vue, tu devais aussitôt mourir ? J’ai été heureux, tout cassé que je sois et vaincu, sur cette terre désolée qui me fournit à peine de quoi entretenir mon vieux corps, mais qui me dispense son souffle sauvage sans lequel je ne pourrais vivre et pour lequel j’ai fui les prairies douces et les vergers en fleurs et les chaudes plages où, nuit et jour, la mer soupire et se gonfle comme une jeune poitrine qui se soulève et s’endort. Pauvre homme. Et voilà que tu me suis, impatient, depuis plusieurs jours, à la piste, que tu t’armes pour me traquer et que tu me pourchasses cruellement tout comme une brute féroce dont tu voudrais conquérir la misérable dépouille. Ma paix et mon triste bonheur sont-ils finis, parce qu’un homme, ce soir, me contemple face à face ? Allons, réponds donc. Que me veux-tu ?”

Les collines escarpées, les pentes
des statistiques
sont là devant nous.
Montée abrupte
de tout, qui s’élève,
s’élève, alors que tous
nous nous enfonçons.
On dit
qu’au siècle prochain
ou encore à celui d’après
il y aura des vallées, des pâturages
où nous pourrons nous rassembler en paix
si on y arrive.
Pour franchir ces crêtes futures
un mot à vous,
à vous et vos enfants:
restez ensemble,
apprenez les fleurs
allez légers.

Gary Snyder, Turtle Island – 1974

Virginie Maris sur Radio Zinzine

Un entretien avec Virginie Maris, chercheuse au CNRS et autrice, qui fait partie d’une liste citoyenne pour les élections municipales à Arles, la commune la plus étendue de France, combinant la ville avec une forte réputation culturelle et un vaste espace agricole.

Virginie Maris interviewée par Radio Zinzine

Soirée de lancement

Vous étiez plus de 120 à assister à notre soirée de lancement le 22 janvier à l’espace Léon Blum. Merci pour votre soutien, votre énergie et vos bons conseils.

L’équipe s’agrandit et nous avons hâte de vous retrouver pour une nouvelle soirée publique lors de laquelle nous présenterons les résultats de trois nouveaux groupes de travail.

Vous pouvez lire l’article publié dans la Provence le surlendemain du lancement en cliquant ici.

Conférence de presse

Plus de 200 contributeurs sont venus nous écouter et ont participé à un processus singulier : celui de réfléchir ensemble à un projet novateur pour ce territoire. Un projet à hauteur des enjeux actuels : enjeux globaux et enjeux locaux. Un changement nécessaire vers une transition qui nous permettrait de relever les défis qui se présentent à nous : défis écologiques, sociaux, économiques et citoyens. C’est un premier pas.

Il est temps aujourd’hui de porter ce projet. Nous avons démocratiquement demandé à chaque personne qui a participé à l’un des groupes de travail de participer à un vote.

Nous vous avons donné rendez-vous le mercredi 4 décembre à l’espace Léon Blum pour vous informer du résultat de ce vote.
La conférence de presse a été suivie d’un échange avec les participants.

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