Virginie Maris était invitée à témoigner lors du meeting de lancement de campagne de Jecilla Regad à la salle de fête le jeudi 8 Janvier à 19h, avec les interventions de Manuel Bompard et Mohamed Bensaada.

Elle voulait y présenter la lutte contre le contournement autoroutier et partager l’expérience d’implication citoyenne dans la politique municipale rendue possible grâce à la présence de deux élus de Changeons d’Avenir, Cyril Girard et Virginie Maris, au conseil municipal lors du mandat 2020-2026.

Sa contribution a été interprété par La Provence comme un soutien de Changeons d’Avenir, ce qui était un peu hâtif puisque nous étions encore en cours de délibération pour savoir si oui ou non Changeons d’Avenir allait rejoindre la liste de Jecilla Regad.

Pour celles et ceux qui n’auraient pas pu assister à ce revigorant rassemblement, voici, après relecture et complément, le texte de sa prise de parole :

1. La question écologique va se trouver au cœur des enjeux du prochain mandat municipal

Le prochain mandat municipal risque d’être celui d’une mutation profonde de notre territoire autour des grands projets industriels que sont la ligne à très haute tension et le contournement autoroutier d’Arles. Deux chemins se dessinent : soit son annexion et son saccage au profit du développement capitalo-industriel portés par l’État, Vinci et RTE ; soit, au contraire, celui d’un éveil citoyen, par l’engagement et par la lutte, pour définir ensemble et pour protéger activement ce à quoi nous tenons.

Dans tous les cas, cela se jouera sur fond de crise écologique. Je suis vraiment désolée de le dire comme ça de but en blanc, et je sais que ça peut sembler catastrophiste, mais il n’y a pas de doute sur le fait que, dans les 6 années qui viennent, nous devrons faire face à des séquences de plus en plus intenses de canicule, de sécheresse, de pics de salinité dans les terres de Camargue, d’incendies, de crues, de risques de submersion…

J’y reviendrai pour conclure, mais j’espère vous convaincre que cette lucidité par rapport aux défis qui nous attendent ne doit pas être considérée comme du pessimisme et générer un sentiment d’impuissance. Au contraire, elle doit devenir le moteur d’une resubjectivation politique et, prise dans le bon sens, elle représente même le seul levier de bifurcation radicale de la société dont nous disposions.

Mais pour commencer, et comme me l’a demandé Jecilla en m’invitant ce soir, je voudrais m’attarder sur le dossier du contournement autoroutier d’Arles. On peut dire que ce sujet inaugure et clôture l’engagement de Changeons d’Avenir sur la scène politique municipale.

En effet, en 2019, dans la foulée des marches pour le climat et alors que plusieurs d’entre nous étaient déjà engagés dans différents collectifs ou associations mobilisés contre le contournement, nous avons eu envie de faire vivre les questions d’écologie et d’environnement dans la campagne municipale. L’idée était de présenter des propositions aux différents candidats de gauche. Le refus du projet d’autoroute en Camargue et la nécessité de proposer d’autres réponses aux problèmes de mobilité sur le territoire était en tête de nos priorités. Force fut de constater que nos sujets d’inquiétude ne recevaient aucun échos parmi les candidats. C’est ainsi que nous avons pris conscience que, jamais mieux servi que par soi-même, si l’on voulait qu’il soit un peu question d’écologie dans cette campagne, c’était à nous de le porter en créant notre propre liste, citoyenne et écolo. Et voilà comment, un soir de novembre 2020 dans une ancienne salle de classe de Léon Blum, naissait Changeons d’Avenir !

Ce projet d’autoroute, même s’il représentait en 2020 une sorte de tabou électoral, est pourtant emblématique de tout ce dont on veut se débarrasser : l’État tel qu’il se présente aujourd’hui au service du capital ; le Grand port de Marseille, bras armé de la mondialisation ; Vinci, le bétonneur multi-milliardaire, et toute la chaîne d’acteurs de la logistique qui saccagent les terres et broient les travailleurs. Voilà qui sont ceux qui œuvrent de concert au sacrifice d’un territoire et de sa population. Car pour gagner la course à la compétitivité internationale, les marchandises doivent absolument circuler toujours plus, plus vite, plus loin, et la meilleure façon de garantir ça, c’est de construire un peu partout des couloirs à camions qui feront transiter les conteneurs et de parsemer le territoire d’immenses entrepôts logistique. Tant pis pour la Crau. Tant pis pour la Camargue. Tant pis pour la vie.

Le cynisme de cet impératif économique se double d’un déni flagrant de respect des populations. Pendant trente ans, l’État et les différentes collectivités territoriales ont laissé la situation se dégrader au prétexte qu’un jour l’autoroute réglerait tous les problèmes la ville : mobilité, sécurité, développement économique, désenclavement de Barriol, il n’y a pas un dossier épineux dans la région auquel le contournement autoroutier n’avait pas vocation à répondre.

Mais pour l’ouverture de l’enquête publique en novembre dernier, après plusieurs années de travail sur le dossier, les services de l’État n’ont plus eu le choix que de dévoiler le vrai visage de ce et, ce faisant, de confirmer ce que nous avons toujours défendu avec Changeons d’Avenir, souvent avec l’impression d’être seuls contre tous : cette autoroute n’est pas faite pour les Arlésiennes et les Arlésiens. Vinci ne déboursera par 800 millions d’euros et les collectivités territoriales 200 millions pour que les habitants de la Roquette soient moins dérangés par le bruit ou pour que les jeunes de Barriol accèdent plus facilement au centre-ville. Car cet autoroute, comme son nom l’indique, c’est une autoroute, et elle sera payante et payante pour tout le monde.

La tarification, de presque 3 euros pour la totalité du tronçon, va appauvrir les usagers réguliers qui ont besoin de traverser la ville pour aller travailler. Imaginez une Arlésienne qui bosse à Fos et qui, en plus de l’essence et du temps passé dans sa voiture, devra débourser 6 euros par jour ? Au-delà du coût direct pour les usagers, cette tarification va inévitablement produire des reports de circulation infernaux, augmentant les nuisances et la pollution dans de nombreux secteurs, elle engloutira l’argent public avec des frais de voiries pour la ville d’Arles absolument insurmontables, elle enfermera Barriol pour de bon entre trois axes routiers et le fleuve. Toutes ces infos ne sont pas des spéculations de notre part. Ce sont des éléments écrits noir sur blanc dans le dossier de la DREAL. Et il est clairement explicité que le deal avec Vinci, c’est de rendre la circulation sur l’actuelle RN113 et sur les autres axes de la ville suffisamment infernale pour dissuader ceux qui voudraient resquiller l’autoroute. Bref, on fait de notre ville un enfer pour permettre à Vinci de rémunérer ses actionnaires et au port de Marseille de concurrencer Gênes et Barcelone dans la grande course à l’intensification logistique.

Et quand on voit ce qu’il se passe entre Toulouse et Castres sur le chantier de l’A69 on comprend que l’État se fiche bien de nous convaincre, puisqu’il est capable de défier l’opinion public, de défier les élus locaux, de défier la simple rationalité économique et même de défier la justice pour arriver à ses fins.

2. sur l’expérience d’une liste citoyenne comme nous l’avons portée et le besoin de se réapproprier nos institutions et notre gouvernance

L’horizon révolutionnaire est souvent imprégné d’un imaginaire des grands soirs, fait de larges mouvements insurrectionnels. A Changeons d’Avenir, nous avons porté une vision beaucoup plus modeste, moins spectaculaire de la révolution. Car la révolution, c’est aussi la fin d’un cycle, et ce qui nous a motivé en 2020 à lancer cette liste citoyenne, c’est la conviction que la démocratie représentative était à bout de souffle et que la meilleure échelle pour inventer autre chose, c’était la ville.

Depuis 2020, notre diagnostique ne fait malheureusement que se confirmer. Partout dans le monde, des criminels et des dictateurs prennent le pouvoir par les urnes. En France, un ex-président multi-condamné à cinq ans de prison en sort après 20 jours. A Arles, on a réussi à élire à la Mairie un parisien fraîchement débarqué condamné par la justice pour délit de favoritisme. Et partout, tout le temps, le premier vote reste l’abstention.

Alors oui, on a échoué à faire naître la première commune libertaire biorégionaliste interspécifique autogérée ! Le mieux qu’on ai réussi à faire, c’est de décrocher deux sièges dans l’opposition. Mais ni Cyril, ni moi, ni tout le collectif avec lequel nous avons travaillé pendant six ans à la préparation des conseils municipaux, ne regrettons l’aventure. Car ce que ces six années nous ont appris – entre autres – est précieux : c’est qu’on n’était pas plus bêtes que d’autres et qu’avec de la motivation et de la camaraderie, on pouvait très bien comprendre comment fonctionne une ville. Qu’on pouvait apprendre, sans être des professionnels de la politique, ce qu’on peut faire, ne pas faire, défaire ou réinventer dans une municipalité et dans une agglo.

3. sur l’écologie politique en général et la façon dont elle s’inscrit dans un agenda anti-capitaliste (lutter contre l’extractivisme et le productivisme) et de justice sociale (lutter contre les injustices environnementales). 

Quand on lutte contre le contournement autoroutier, ce n’est pas pour « défendre la nature », ou, en tout cas, pas seulement. A travers cette lutte, on combat le contournement et son monde. Et quel est-il, ce monde ?

– Celui du néo-libéralisme et de l’économie mondialisée

– Celui de l’extractivisme et du colonialisme, qui sont les deux faces d’un même modèle d’appropriation des terres, des ressources et des peuples.

– Celui de la mise au travail de la nature et de l’aliénation des humains, qui sont les deux faces d’un même modèle productiviste.

Je le disais en introduction, il ne faut pas se faire d’illusions, nous traversons une époque difficile. Nous nous trouvons coincés dans les mâchoires d’un étau :

– Sur nos têtes, un capitalisme barbarisé qui a compris que les démocraties libérales ne lui seraient plus favorable et que sa prospérité dépendait maintenant de régimes autoritaires à sa botte. Son agenda n’a même plus besoin de masque : il faut diriger l’énergie sociale vers la haine et la rivalité entre les peuples et les groupes sociaux sans quoi ils vont inévitablement s’unir et s’organiser, se soulever enfin contre les injustices et la dévastation du monde.

– Sous nos pied, une terre qui se dérobe, un monde vivant qui s’effondre, un climat qui se dérègle. Ce que ce modèle extractiviste et productiviste nous laisse en héritage, ce sont des sols stérilisés par l’agro-industrie, des rivières et des nappes polluées par les activités minières et industrielles, une vie sauvage devenue exsangue, dépeuplée…

Conjuguées, ces deux sources de bouleversements vont remettre radicalement en cause nos conditions d’existence. Certes, nombres d’entre nous on déjà vu s’effondrer leur monde, les exilés, les victimes de violence ; d’autres également partent de situation déjà si précaires que leur avenir n’est pas plus sombre que leur passé. Mais le fait est que même celles et ceux d’entre nous qui ont cumulé suffisamment de privilèges pour se sentir protégés, confortables, voient leurs perspectives de vie bonne vaciller. La violence policière que connaissent depuis longtemps les personnes racisées s’exerce maintenant sans scrupule sur toutes celles et ceux qui contestent l’ordre établi : gilets jaunes, militants écologistes, lycéens et étudiants… C’est leur brutalité qui nous montre la voie de nos alliances.

Alors oui, nous allons vivre des moments difficiles dans les six ans qui viennent, mais je crois sincèrement que la ligne de fuite qu’il nous faut viser pour échapper à ces deux mâchoires (celle du fascisme et celle de l’effondrement écologique de nos milieux de vie), c’est justement l’écologie politique qui nous l’indique. Nos seuls outils, pour déjouer le pire et pour faire face aux obstacles, seront la solidarité, l’entraide, la capacité à s’organiser politiquement et matériellement, la connaissance de notre territoire, des autres qu’humains qui le peuplent et notre capacité à s’y attacher et à en tirer subsistance. Et cet horizon là n’est pas celui d’un futur apocalyptique, bien au contraire. C’est un horizon joyeux, reconnecté avec le monde vivant qui nous entoure, tissé de la diversité de celles et ceux qui partagent nos vies quotidiennes.

J’espère qu’à travers cette campagne municipale qui commence, c’est aussi les graines de ce monde plus sobre, plus solidaire et plus joyeux qui commenceront à germer et, à titre personnel, je souhaite bonne chance à Jecilla pour tenir tout ça ensemble. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle soit la bonne personne pour y arriver.